Jan
Claudine DESMARTEAU (Auteur)
Livre
Éditions Thierry Magnier
ISBN 9782364748460
Elle, cest Jan, nen déplaise à ceux qui ricanent et lui cherchent noise. À onze ans elle a du répondant ! Elle déteste son vrai prénom : Janis, choisi par son père à cause d« une chanteuse morte » qui sappelait Janis Joplin. À lécole, très vite, il a rimé avec pisse ! À la maison, la vie nest pas rose malgré les beaux souvenirs davant le chômage et lalcoolisme dans lequel son père se noie. Le ton monte très vite le soir quand il rentre du Bar des Amis ; alors elle observe, silencieuse, Arthur, son petit frère serré contre elle. La vie brinqueballe jusquà ce jour de trop : sa mère, excédée, a mis son mari dehors puis est partie elle aussi. Au retour du père, ivre-mort, Jan prend peur, appelle les pompiers. Et cest lengrenage : les services sociaux sen mêlent Jan est la narratrice dune douloureuse chronique familiale, réaliste et sombre. Loin de nêtre quune toile de fond, la misère sociale irrigue le récit. Sa peinture sonne juste, sans dramatisation inutile, sans caricature des personnages : le père nest pas une brute mais un homme tristement englué dans son addiction ; le placement, dit provisoire, des enfants laisse les deux parents désemparés, coupables sans le savoir dun manquement dont ils ont honte. La romancière qui déploie cette situation pathétique le fait avec retenue. Elle respecte ses personnages, profondément. Son héroïne raconte sa vie avec une lucidité étonnante, une spontanéité désarmante. Courageuse, déterminée, elle a le charme de ses modèles, Fifi Brindacier et, plus directement, Antoine Doinel, le héros des Quatre cents coups auquel elle sidentifie parce quelle a vu le film de Truffaut au collège. Un fil rouge dans la conduite de lintrigue, jusquau dénouement ouvert du roman : les fugueurs, eux aussi, vont voir la mer
Car ce roman est également un roman daventure : les péripéties de la fugue des enfants en trottinette ( !) allègent la peinture sociale. Vraisemblable ? Non, mais quimporte ! Cette cavale denfant, même rêvée, servira dexutoire à ceux que la vie enferme dans un « provisoire » qui dure ; la dernière page, magnifique, aide à croire en lavenir. Pour tous les lecteurs, suspens et émotion garantis. Quant à lécriture, passée la surprise des premières lignes, on est happé par la drôlerie, la verdeur, linventivité dune prose qui évite le pittoresque convenu des « propos denfants ». Tout sonne juste ! La langue dit un rapport aux autres : marqueur de milieu social, elle révèle aussi limagination et lintelligence vive dune enfant qui absorbe et déforme le discours des adultes car elle boit le monde comme elle peut, à partir des mots quelle entend. Un vrai plaisir, un beau travail décrivain ! (E.H. et C.B.) (source : les-notes.fr)
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