Une introduction incantatoire, poétique et prenante, rappelle les turpitudes et la brutalité des hommes, le courroux du ciel et le Déluge, et le chaos destructeur qui sensuivit. Apparaît alors Théo. Revenant sur lîle de son enfance, il retrouve sa maison dévastée et son bois habité de créatures aux yeux rouges. Vivent à côté une femme et ses deux enfants. Des dérives totalitaires sinstallant en Europe, ils fuient tous les quatre pour les États-Unis. Après un moment de vie « normale », des événements tragiques poussent Théo à reprendre sa cavale anarchique.
Le scénario, brutal, déconcertant, décousu, nest pas facile à suivre et on sétonne de sa violence. Le lecteur est peu à peu envahi par latmosphère étrange et désespérée qui sen dégage, et cette peinture dune société amorale et meurtrière, gouvernée par linstinct de survie. Alternant poèmes, comme les chants des tragédies antiques, et récits des différents personnages rencontrés, la langue est dun lyrisme parfois échevelé. Une ponctuation particulière (absence de points) reflète bien létat psychologique du héros dans ses « pérégrinations déboussolées et solitaires ». Caricature ? Pamphlet ? Prophétie ? Mathieu Belezi (Un faux pas dans la vie dEmma Picard, Les Notes février 2015) recherche une originalité qui pourrait passer pour un déploiement inutile ou fatigant, mais il est efficace et force lattention. (M.W. et B.T.)