Salwa est la dernière enfant dune famille dimmigrés, installée à la cité du Maroc de Lens. À la faveur du regroupement familial, sa mère quitte le grand sud marocain pour la France et se consacre sans compter aux siens. Le jour de loral du bac de français, Salwa ne retrouve pas le roman de Flaubert, Madame Bovary, sur lequel elle est interrogée, ce qui lui vaut une mauvaise note et une cuisante humiliation. Bien plus tard, elle découvre que sa mère lui a dérobé le livre.
La romancière Samira El Ayachi sest déjà penchée sur la condition des familles dimmigrés. Dans ce nouveau roman social, elle interroge le rapport à la féminité dune jeune Maghrébine, révoltée par le patriarcat et le colonialisme. La littérature lui a assurément permis déchapper à certains déterminismes mais elle se trouve en porte-à-faux avec les attentes de sa mère. Elle se tourne vers le personnage dEmma Bovary pour tenter de comprendre le mal-être de trop dexilées. Questionnée par un médecin sur ses « antécédents familiaux », elle revient sur le destin de sa mère illettrée et « empêchée ». Loccasion daborder un sujet tristement occulté : celui de la santé mentale des femmes venues dailleurs. Un hommage émouvant à labnégation dune mère et une écriture inventive qui marie avec bonheur prose tonique et vers libres mêlés à de très nombreuses références à Flaubert que lauteure commente avec finesse et humour. (A.K. et A.Be.)