« Javais vingt ans et javais écrit le plus beau roman du monde. Cest Clara qui le disait et je croyais tout ce que disait Clara » Jean Foscolani se souvient du trio quil a formé trente ans auparavant avec Clara, attachée de presse de son éditeur, extravertie, solaire et alcoolique, inconditionnelle de la littérature et des auteurs quelle aime, et Saïd son amant algérien, défenseur de la liberté contre le FIS. Il évoque avec nostalgie leurs flamboyantes virées éditoriales, poursuivies parfois jusquà la mer, les cocktails promotionnels, linterrogation sur ses origines dAfrique du Nord, langoisse de Saïd lors de ses passages à Paris, et surtout lexigence intransigeante et vampirique de Clara pour la littérature.
Dans ce roman, hypothétiquement autobiographique, Éric Fottorino (Mon enfant, ma sur, Les Notes octobre 2023) poursuit sa quête des origines, en donnant ici le sentiment dacquitter une dette mémorielle impérieuse envers ses mentors dalors. « Nous nous sommes épousés une fois pour toutes devant lessentiel » (R. Char). Au-delà du nombrilisme éditorial et germanopratin du récit, dont la qualité décriture mériterait de plus vastes horizons, ce roman livre un émouvant hommage aux servants de la littérature, parfois périlleuse et toujours exigeante, qui ont porté le jeune écrivain. À leur contact, lauteur séprouve « enfant de ses livres, construit par le silence », « inventant sa vie en lécrivant ». Un beau roman initiatique sur la mémoire et la littérature comme acte de résistance. (D.M.-D. et A.-M.G.)
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