Dans cet ouvrage composite (récit autobiographique, essai ?), Douglas Kennedy (Isabelle, laprès-midi, Les Notes juillet 2020), qui partage sa vie entre Paris, Berlin et le Maine, après quinze ans dIrlande (dont il a obtenu la nationalité en sus de laméricaine), livre un portrait engagé et instructif des États-Unis. Distancées, bien traduites, ces « Miscenallées dAmérique » dévoilent un pays hétérogène et contrasté, dont lhistoire est régulièrement parcourue par des vagues puritaines et évangéliques, confortées par le culte de largent et le conformisme social endémique. Attaché à « lâme du Pays », aux problématiques fiscales et au rejet de lÉtat central, ce tropisme, réaffirmé depuis Richard Nixon et surtout Ronald Reagan, contraste avec lappel romanesque de lévasion et de la route, comme avec le sens de limprovisation dont témoigne le jazz, qui forment aussi, selon lauteur, des éléments constitutifs de la culture des États-Unis.
Hybride, un peu dispersée, parfois répétitive, cette promenade « à crayons rompus », quinspirent les souvenirs denfance de lauteur, ses discussions avec dex-copains décole ou des rencontres occasionnelles, ses virées dans lAmérique profonde et ses passions musicales, ne manque pas dintérêt et constitue un bel hommage à la diversité et à la richesse culturelles dune jeune nation. Cest une déclaration damour dun Américain qui a pris du champ, à un pays qui ne cesse de le fasciner, mais dont les inflexions récentes linquiètent au plus haut point notamment par les dérives totalitaires que fait craindre une droite alternative dure. (D.M.-D. et A.K.)