« Longtemps jai enseigné ma fin » sont les premiers mots « prononcés » par Peau-de-Sang, narratrice post-mortem de sa propre histoire, débutée un an auparavant, à Kangoq, bourg canadien, dans un temps imprécisé. Elle y tient une échoppe, ouverte sur la rue, une plumerie où pendent des corps de bêtes, ensuite plumés et dépecés ; où vont et viennent des jeunes filles occupées à leur trousseau, en attente de « la vie », un jeune garçon orphelin prétendu idiot, et furtivement entre ses draps, à toute heure, des hommes de la ville haute en mal damour
Dans Peau-de-Sang, cinquième roman dAudrée Wilhelmy, autrice québécoise, il est principalement question des corps, de la chair, des pulsions, dans un lieu régi par une femme incandescente où se côtoient peaux de bêtes et peaux humaines. En écho, une écriture charnelle qui fait appel aux sens. Dedans, le sang et les viscères, des bruns et des rouges ; des odeurs lourdes et écurantes, vie et mort ; dehors, lépaisseur ouatée de la neige, le givre, le vent de lhiver, les moiteurs de lété, le mordoré de lautomne Des ambiances à la Bruegel. En écho, un « Je » omniscient, qui permet un récit polyphonique entremêlé, souligné par un original dispositif de mise en page. Un magnifique texte original à découvrir ! (M.T.D. et C.H.)