Né à Salé en 1973, Youssef, professeur à Paris, revient au Maroc pour vendre son héritage maternel : une partie de sa maison familiale. Les souvenirs affluent, se bousculent, mêlant le quotidien dune fratrie nombreuse et unie (six filles, trois garçons) et celui de la ville. Une mère aimée, respectée, autoritaire, transmet le respect des rites religieux et des morts. Enfant de la pauvreté, Youssef a subi humiliations, violences, viols. Adolescent il a aimé Najib, vécu avec cet homme plus tard enrichi par la drogue et divers trafics.
Ce beau roman, fort, intelligent, sensible, est écrit dans une langue tantôt sèche, tantôt lyrique, poétique et parfois crue mais toujours dune force narrative envoûtante. Confession, interrogation, monologue, dialogue, cascadent dans une même phrase revivifiant un présent explosif, revisitant un passé douloureux. Des visions oniriques traversent cette histoire : réminiscences dune enfance saccagée, relation de jeunesse avec Najib, leur amour fou décrit sans tabous. Le romancier (La vie lente, Les Notes juin 2019) souligne les liens qui unissent les individus, sa tendresse pour ses surs, déplore létat du pays. Personnage principal, la ville de Salé, son histoire, sa muraille avec son bastion qui recueille confidences, révoltes, vengeances, idée de pardon et despérance, offre un voyage où la rencontre de personnages très construits nous habitent longtemps . (A.C. et C.G.)