Un indigène doit toujours interdire au nouveau-venu (le voyageur) laccès à sa terre, sous peine dattirer sur elle de multiples désagréments. Proverbe dArabie. Cinq chapitres réunissant pas loin dune vingtaine de saynètes décrivent les heurs et malheurs de plusieurs générations dune même famille, les Romani, habitants dun pays méditerranéen non précisé, qui servent dillustration au dicton.
La métaphore est claire. Dans ce pays du Sud, la nonchalance favorise laccueil de lintrus au lieu de linterdire. Comme il ny a jamais été proscrit, lalcool a tué le grand-père, obscurci lentendement du grand-oncle, engendré un sentiment de toute-puissance chez le fils et une brutalité bestiale chez le petit-fils. Doù le besoin dargent pour tous et un mode de vie fondé sur la combine, qui forge de nouveaux ennuis, qui Une terne lapalissade. Tout change avec la façon dont lauteur (À son image, Les Notes août 2018) sempare du sujet. Un humour léger, inimitable, virtuose, que porte en de longues phrases une langue limpide et riche à la fois, sous-tend sa description du monde occidental contemporain. Un art du récit parfaitement mené achève de rendre ridicules certaines pratiques de convivialité obligatoires, de consommation codifiée aussi effrénée quinutile ou de tourisme de masse. Quelque part entre lironie de certaines fables et le raffinement cruel dun conte oriental, cette satire provoque le rire plus sûrement quune caricature explicite. Une délicate et irrésistible friandise. (A.Lec. et B.T.)