Montréal, 1873, sur le mont Royal, le quartier chic, le Mille doré des industriels anglophones richissimes. Deux fillettes, Marie et Sadie, sapprêtent à sy battre en duel ; Agatha, bonne chez Marie, veut les séparer et meurt, percée de deux balles Le père de la blonde Marie possède la plus belle maison de la ville et la plus grande raffinerie de sucre du pays ; la famille de la brune Sadie est plus modeste, donc la jeune fille se voit accusée de la mort dAgatha et exilée dans un pensionnat anglais. Elle revient, elle écrit et entretient avec Marie une passion dévorante, exclusive, et tout change.
Au début nous étions dans un conte de fées : « il était une fois un roi magnifique et sa fille chérie », puis, comme dans Les enfants de cur (Les Notes juillet 2018), les thèmes des enfants abandonnés, de la prostitution, dune société sans pitié nous ramènent au pamphlet voltairien. On découvre le monde impitoyable du travail qui tient les femmes en esclavage. Les personnages grouillent, coléreux, excessifs, tout est sordide et pervers, les pires étant bien sûr les riches qui sisolent. Mais la littérature de Sadie et de ses émules devient un manifeste prolétarien, féministe, on quitte le sexe pour la politique, entre lutopie et le projet révolutionnaire. Le ton est celui des feuilletons du XIXe siècle, décors merveilleux et actions atroces : que de cadavres, dont on se console par quelques funérailles baroques et le merveilleux projet des lendemains qui chantent : il y aura bientôt les suffragettes, vous verrez ! (E.B. et B.T.)