Ils ont cinquante ans, se sont connus à dix-huit, et un matin leurs biens sont saisis par un huissier. Ils perdent tout, la ferme rebâtie, source de leurs revenus, et laissent derrière eux vingt ans de vie heureuse au Pays de Galles. Les voici SDF ! « On pourrait simplement marcher » suggère Ray Un sac à dos, le guide du Sentier de la Côte Ouest en poche, ils partent, une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Moth atteint dune maladie neuro-dégénérative au pronostic pessimiste. De criques en caps, de levers en couchers de soleil, destuaires boisés en plage ensoleillées ou falaises escarpées, le couple progresse au gré de la fatigue et des découragements, savourant les émerveillements que leur offre la nature et les rencontres. Sinstalle parfois une familiarité chaleureuse entre randonneurs et chaque once de réconfort est la bienvenue. Les corps saffûtent, les douleurs sémoussent malgré la faim constante, la canicule ou les pluies diluviennes. Difficile dans ces conditions dévoquer lavenir. Terre de mythes et de légendes au riche passé industriel, les Cornouailles offrent une géologie changeante et une diversité de faune et de flore qui dotent le récit dintéressantes diversions politiques et botaniques. Le ton est léger, plaisant, touchant dans son hésitation à aborder le futur et grave lorsquil sonde lespoir ou lépreuve qui rend les êtres forts. Il ne se passe rien et pourtant aucune monotonie à la lecture de ce récit, une prouesse accomplie par cette romancière et marcheuse britannique, sur ces mille kilomètres du Sentier. (Maje et C.R.P.)