Mars 2020. Suite à lépidémie de covid-19, lEurope se confine. Cet isolement qui facilite le repli sur soi devient pour certains un retour à la réflexion, voire à lécriture. Soixante-quatre modules composent ce récit autobiographique en devenir et questionnent les raisons de cette motivation. Ils senchaînent comme le déplacement des pièces noires ou blanches sur les soixante-quatre cases de léchiquier. Un rapprochement qui intrigue.
Au grand scandale de son épouse, lauteur (Nue, Les Notes septembre 2013) se réjouit du confinement, cette solitude forcée qui le protège des « offenses » du monde extérieur. Il y voit un rempart, lopportunité de sanctuariser ses journées autour de trois activités littéraires : la traduction du Joueur déchecs de S. Zweig, un essai sur lécriture, et un journal intermittent de souvenirs de lavant confinement. Il fait une grande place aux confrontations aux échecs avec son père. Ce jeu « dune abstraction rassurante », quil pratique encore, fait en effet ressurgir des épisodes enfouis de son passé et devient une clé pour éclairer la genèse de sa vocation décrivain. Le livre se situe à lécart des structures narratives classiques. Une bonne maîtrise de la langue prévaut dans une pluralité de champs dexpression où tout senchevêtre. Des identités furtives paraissent et disparaissent dans des effets dassociations de souvenirs aléatoires. Émergent quelques constantes : sa scolarité, des amis, son père, des finales de jeux déchecs Rien ny est simple, tout y est sobre pourtant, profond, subtil, percutant et dune distanciation clairvoyante. Mais combien de lecteurs possèdent une culture échiquière minimale pour comprendre pleinement le sens de sa construction ? (A.Lec. et C.R.P.)