Trouvé par hasard dans une boite à livres de rue, Lété, deux fois lui est dérobé sur la table du café où il la abandonné un bref et trivial moment. Comment accepter de ne pouvoir aller au-delà de la page 23 du roman de Christian Costa ? Floué, frustré, le plaisir devenu manque insupportable, le lecteur-narrateur met tout en uvre pour retrouver un roman introuvable parce quépuisé chez son éditeur Les Editions de Minuit. Laventure commence .
Le lecteur se laisse vite emporter par ce roman astucieusement construit, qui le met lui aussi sur les traces du disparu. Le voilà mené par le bout du nez par un narrateur qui samuse à remonter méthodiquement la chaîne des « accoucheurs » dun livre, en quête dacteurs ou de témoins au nombre desquels Guillaume Daban, le plus prolixe en informations sur Costa distillées au fil de leurs rencontres. Comme dans un palimpseste, se dessine alors le portrait de Daban. Fabrice Gillet ajoute à ce jeu littéraire des mises en abyme une question sous-jacente concernant la création littéraire : ladmiration inconditionnelle dun prédécesseur ne peut-elle condamner à la procrastination celui que tente laventure ? Interrogation démentie par son propre travail ! Limpératif du titre : « Najouter rien » est plus un aiguillon à poursuivre quun point final. Au-delà de lhommage rendu à un auteur méconnu, lécrivain ajoute sa contribution à la vie littéraire en multipliant les références à dautres uvres quil donne envie de découvrir, de ceux que les impératifs de la production feraient vite oublier. Une promenade stimulante dans la littérature ! (C.B et S.H)