Jeune provinciale discrète, ravissante mais un peu effacée, Madeleine quitte Nantes pour Douala en 1955 au bras dun mari épousé sans véritable amour. Très vite naît une petite fille, Sophie, mais Madeleine sennuie et ne se fait ni aux bruits de lAfrique ni à ce microcosme dexpatriés quils fréquentent. Sa rencontre avec Yves Prigent, avec lequel elle fait de longues promenades le long de la mer, fait jaser, mais quen est-il vraiment de cette relation ? Cest dans une enveloppe que Sophie, à la mort de sa mère, trouvera la réponse.
Tout part dune photo, dune robe, dune allure et dune petite qui ne quitte ni sa mère ni sa girafe en plastique sur les chemins de Douala en 1958. Par petites touches, un style bien à elle, Dominique Barbéris (Un dimanche à Ville dAvray, Les Notes septembre 2019) cherche à restituer ce que pouvait être cette époque. Elle remonte dans la vie de cette jeune femme à partir de coupures de presses, de photos et de lettres, imaginant les dialogues lorsque les écrits font défaut, scandant son récit de chansons populaires. Latmosphère africaine est palpable, admirablement rendue, de la moiteur du jour aux rumeurs des oiseaux, des intrigues aux liaisons illicites jusquau climat de peur face aux indépendantistes. Un charme mélancolique émane de ces pages à lécriture délicate, portrait dune femme qui reste sur sa réserve ; mais peut-être le silence est-il une façon daimer (Maje et M.-N.P.)