En 1947, Israel Levis (1890-1953), compositeur cubain, regagne La Havane, vieillard amaigri et voûté. Mélancolique, il se remémore son passé : ses heures de gloire dans les années trente, notamment la célébrité que lui donna sa fameuse mélodie, « Rosas Puras », écrite pour la chanteuse Rita Valladares quil aimait en secret. En 1933, il sétait fixé à Paris où la musique cubaine faisait fureur et avait filé le parfait amour avec une juive, professeur de danse. Mais, en 1943, faussement considéré comme juif, il fut déporté à Buchenwald où il parvint à survivre.
Inspiré de la vie de Moïses Simpson, ce roman talentueux, adroitement construit par un auteur américain originaire de Cuba par ses parents, combine habilement personnages et événements avec lengouement musical de lentre-deux-guerres. Humain, trop humain, Israel apparaît à la fois égocentriste et généreux, puissamment épris damour physique, et sentimental en diable, alternant optimisme et insouciance, inquiétude et dépression. Pas un instant lintérêt ne faiblit et le lecteur, doucement ému, referme ce livre non dépourvu dérotisme, comme sil avait perdu un ami très cher, trop brièvement fréquenté.