Un matin, Fabien est parti à Raqqah, dans le sillage de ses parents endoctrinés, abandonnant ses copains et son école Jacques Prévert de Sarcelles pour une école coranique. Comme il aime la poésie et que les poèmes « ça na pas besoin de dire la vérité », Fabien devenu Farid compose des vers joyeux qui lui valent le bâton. Il a du mal à reconnaître sa mère sous tous ces niqabs, regarde des vidéos où des enfants tuent et meurent en martyrs.
Islamologue et politologue, Rachid Benzine est un conteur à qui lon doit Ainsi parlait ma mère (Les Notes juillet 2020). Sil choisit un enfant pour parler du terrorisme, cest pour lester ce livre du poids de linnocence face au travail idéologique de Daesh et à ses pratiques pour former les futurs combattants. Une innocence qui, comme aux autres, lui sera volée. Dune écriture simple, qui sefface pour laisser la place à la voix dun petit garçon de six ans, Benzine dénonce le djihad et son imposture, le fanatisme et lendoctrinement, la barbarie et la dévalorisation de lêtre humain. Lombre de Prévert plane tout au long du livre et lauteur, qui loue le fabuleux pouvoir de la poésie pour sabstraire du monde, en admet les limites quand la noirceur des hommes finit par la toucher. Ce court roman dune grande délicatesse, qui enlace la pureté à linfamie, vous poursuit sitôt la dernière page tournée. (Maje et C.G.) &&&&